Queeriser le canon littéraire et artistique luso-brésilien

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Du 20 au 22 novembre 2014, en Sorbonne et à la Fondation Calouste Gulbenkian.


Selon l’étymologie, le mot « canon » dérive du grec kanôn, signifiant « roseau » ou « canne » puis, par extension, « norme » ou « règle ». À l’origine, le « canon » avait une connotation religieuse étant donné qu’il délimitait la « liste officielle » des Écritures Saintes dignes d’être incorporées à un recueil d’écrits inspirés de Dieu : la Bible. Ainsi, le terme canonique « fait référence aussi bien à la qualité présumée d’un texte inclus qu’au status que le texte acquiert car il appartient à un recueil qui fait autorité. Les religions confèrent un caractère sacré à leurs textes canoniques, laissant souvent entendre, sinon un auteur divin, du moins une autorité divine. »
Les universités et le monde académique ont sécularisé le « canon » tout en incorporant la dimension ‘‘sacrée’’ des chefs-d’œuvre et de leurs auteurs, dont l’aura perdure à travers les années. Ce faisant ils déterminent et consacrent, ce qui, dans une culture donnée, mérite d’être lu, regardé, écouté ou au contraire, oublié et effacé.
Il s’agira donc dans ce colloque, de queeriser ces œuvres ou auteurs/res et artistes canoniques, tout en n’oubliant pas de ressusciter les oublié/es et autres minoritaires, sans « aucun critère préétabli, thématique explicite ou biographie de l’auteur, préférant à la célébration d’une différence l’insinuation d’un doute constant, l’érosion insatiable, ludique et politique, des frontières convenues entre homo et hétéro. » En effet, à la différence de l’identité gay, « l’identité queer, n’a aucun besoin de se fonder sur une vérité quelconque ou sur une réalité stable. Comme l’indique le mot lui-même, queer ne désigne aucune espèce naturelle et ne se réfère à aucun objet déterminé ; il prend son sens dans sa relation à la norme. Queer désigne ainsi tout ce qui est en désaccord avec le normal, le dominant, le légitime. […] Le queer ne délimite donc pas une positivité mais une position à l’égard du normatif – position qui n’est pas réservée aux gays et aux lesbiennes, mais accessible à toute personne qui est ou se sent marginalisée en raison de ses pratiques sexuelles ». Les pratiques queer ne sont donc que le reflet d’une résistance à l’homogénéisation culturelle, une « résistance plus ferme aux régimes de la normalité », notamment à l’hétéronormativité, puisque « considérer encore aujourd’hui l’hétérosexualité comme une évidence prouve bien la force de la pensée straight. »
Nous nous efforcerons d’observer, à la suite de Monique Wittig , Adrienne Rich ou Gayle Rubin , comment des auteur/es, réalisateurs/trices ou artistes portugais et brésiliens ont pu mettre à mal les notions d’identité sexuelle, le binôme homme/femme, mais aussi les oppositions entre nature/culture, sexe/genre, hétéro/homo. En effet, l’opinion commune admet l’idée qu’il y a seulement deux sexes, qu’ils sont opposés, une délimitation née, selon Eve Sedgwick au tournant du XIXe siècle, où « chaque personne devait désormais non seulement être assignée à un genre (homme ou femme), mais nécessairement assignée à une sexualité (homo ou hétéro) ; une identité binarisée et lourde de conséquences, parfois déroutantes, y compris aux niveaux apparemment les moins sexuels de l’existence personnelle . »
Or, selon la théorie queer, il convient d’instaurer « le trouble dans le genre » puisque celui-ci est construit « à travers des technologies de genre variées (le cinéma par exemple) et les discours institutionnels (la théorie par exemple) qui ont le pouvoir de contrôler le champ des significations sociales et donc de produire, promouvoir et ‘‘implanter’’ des représentations du genre. » Par conséquent, il conviendra de séparer « la sexualité du genre » qui n’est donc pas « réductible à l’hétérosexualité hiérarchique », mais aussi de mettre à nu ces « technologies du genre », une construction dont on pourrait dire « que tout l’art et la culture d’élite occidentale sont l’empreinte ».
Ce « trouble dans le genre » pourra même être dépassé pour voir comment les subcultures queer vont dans le sens d’une « désorientation sexuelle », une « contra-sexualité » pour reprendre l’expression de Beatriz Preciado qui, en plus de déconstruire le système sexe/genre « dynamite la pensée binaire génitale (pénis/vagin) ».

Les lignes de lecture pourront être, sans exclusivité :
1. Manifestations du « trouble dans le genre ».
2. Lectures queer de textes littéraires ou production artistique canoniques portugais et brésiliens.
3. Analyse des « technologies du genre » dans les textes et productions artistiques portugais et brésiliens.
4. Les nouvelles formes d’identité genrée et déconstruction des rôles.
5. Le queer avant la lettre : ‘‘dé-lire’’ les auteurs canoniques d’avant le XXe siècle.
6. Le renouveau du style : kitsch, camp, queer, mélo, art folle, excès, subversion…
7. Modes de vie ou regards borderline.

 

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