La tentation du grand récit chez Mário de Carvalho

Marie Helene PIWNIK

Mário de Carvalho est un spécialiste de la forme brève (il se donne à connaître avec des contes fantastiques et autres, des nouvelles, des variations sur des thèmes traditionnels), et même ultrabrève, comme dans Fabulário (1984), où une ligne de texte peut donner lieu à la glose. Cette caractéristique contagionne ses « grands récits » romanesques, et le dernier d’entre eux, Fantasia para dois coronéis e uma piscina (2003), juxtapose de mini-récits, que le narrateur offre à son lecteur de façon jubilatoire. Mais c’est aussi l’ensemble du « grand récit » qui peut refléter des techniques de la nouvelle, ainsi par l’introduction systématique d’une chute, ou d’une chute en cascade comme, par exemple, dans Era bom que trocássemos algumas ideias sobre o assunto (1995).

Il s’est jusqu’ici attaqué par deux fois au « grand récit » historique, dans A Paixão do Conde de Fróis (1986), et dans Um Deus que passeava pela brisa da tarde (1994), laissant entendre pour le premier qu’il s’agit d’une « histoire rêvée », et prenant bien soin pour le second de préciser en exergue : « Ceci n’est pas un roman historique ». Et dans cette déclaration même se lit la volonté de briser le miroir, si l’on estime que celui-ci est tendu pour refléter une réalité à la façon des fictions répondant à ce genre au XIX° siècle.

On s’intéressera dans cette communication au second de ces romans, Un Dieu dans le souffle du jour dans la traduction française, cherchant à dévoiler les ruptures avec les modèles antérieurs, et à mettre en lumière les nouveaux codes instaurés.