Le récit fragmenté et inachevé du nationalisme bolivien : le nationalisme révolutionnaire libère et confisque la nation (1940-60).

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Christine DELFOUR

La faiblesse – ou la force ? – de la version bolivienne du récit nationaliste est qu’il ne se constitue pas en un « grand récit » unique et hégémonique qui structure la nation, mais plutôt en une multitude de « micro récits » syncrétiques, souvent paradoxaux et contradictoires, qui ne se construisent pas en un système cohérent d’explication et de légitimité, mais qui, en revanche, donnent aux acteurs politiques et sociaux une certaine marge de manœuvre. Il y a là une invention dans le concept de « récit » qui mérite analyse.
Un fragment révélateur de ce récit inachevé en constante composition, décomposition, recomposition est la période des années 40 à 60 qui révèle d’une part, un processus de fusion/confusion des rôles entre les acteurs politiques, économiques, culturels et civils (processus permanent dans le récit bolivien qui atteint alors son apogée) et, d’autre part, le début d’une démarche de rupture qui permet de prendre en compte un élément essentiel de la nation bolivienne – quasiment occulté jusqu’à cette date – à savoir la place de l’Indien dans la nation.