« On est prié de ne pas fermer les yeux ». Le regard : voir, se voir et être vu dans la littérature hispanique contemporaine

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Samedi 8 juin 2013, de 9h à 19h
L’Institut d’Études Ibériques et Latino-américaines
Salle Delpy


Journée d’études organisée par le CRIMIC
dans le cadre du projet « Mérimée » (Université Paris 4 Sorbonne- Universidad de Valencia). Pour plus de détails, appuyez ici
Org. : Sadi Lakhdari et Irina Enache Vic

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Argumentaire

Inspirée par le titre d’une étude de Max Milner portant sur la pulsion scopique (On est prié de fermer les yeux. Le regard interdit), cette journée d’études se propose d’interroger la thématique du regard sous les trois aspects notionnels qui en découlent (« voir », « se voir » et « être vu »), telle qu’elle est représentée dans la littérature hispanique contemporaine.

Le regard constitue le principe fondateur et structurant du sujet, en tant qu’être dans le monde, mais surtout en tant qu’être parmi des êtres. L’image de soi se construit par une intériorisation des autres dans une dialectique de ressemblances et de dissemblances. Voir (composante active de la pulsion scopique) et se voir (le regard réflexif) se situent du côté du regardant, tandis qu’être vu (sa composante passive) du côté du regardé, mais l’individu peut être simultanément sujet et objet de vision, à la fois objectif et cible optique. « Se voir » désigne d’une part l’altérité endogène (interne) du sujet dédoublé face à lui-même (ce que dans la littérature fantastique est représenté si souvent par la reconnaissance partielle de soi dans le miroir, source d’un sentiment inquiétant d’étrangeté). D’autre part, le terme peut supposer également la présence d’un tiers, d’une altérité exogène, médiatrice de ce regard réflexif ; « se voir » serait, dans ce sens, le dépassement dialectique du « voir » et de « l’être vu » qui se résout en une spécularité narcissique (1).

Dès la fin du XIXe siècle, cette thématique connaît un renouveau et une multiplication de ses angles d’approche avec la naissance des arts visuels, qu’il s’agisse du développement des nouveaux médias (photographie et cinéma) ou des nouvelles expériences artistiques de compénétration du texte et de l’image (collage, calligramme, œuvres hybrides iconotextuelles, etc). On y voit presque le glissement du logocentrisme vers l’iconocentrisme (si présent à l’époque postmoderne) dont Philippe Hamon (Imageries, littérature et image au XIXe siècle) dévoile les origines dans l’émergence et l’engouement pour l’image au XIXe siècle.

Observer, scruter, noter ses impressions, enregistrer des détails, chercher à voir et à savoir (car pulsion scopique et épistémophilique vont de pair), le personnage du roman réaliste s’érige par conséquent en une instance éminemment perceptive. Ces personnages enclins à l’observation minutieuse s’accompagnent dans l’esthétique réaliste-naturaliste (Galdós, Pardo-Bazán) d’un pointillisme descriptif. Mais cette représentation spéculaire de la réalité telle qu’elle était définie par Stendhal, n’est-elle pas, au-delà de son mimétisme, le témoignage d’un regard, d’une instance énonciatrice, d’une subjectivité autorielle qui ne rend pas les choses telles qu’elles sont, mais telles qu’elle les perçoit, telles qu’elle veut les montrer ?

Dans un dépassement du solipsisme de la Modernité, il y a chez certains auteurs une recherche infatigable de l’autre qui mène à la conscience d’une altérité inhérente au moi (« heterogeneidad del ser ») : « los ojos en que te miras son ojos porque te ven » (A. Machado). Cette rencontre des regards est-elle possible ? Peut-elle se concrétiser dans la Modernité au-delà de l’utopie ?

Il convient de se demander quel rôle joue le regard, la rencontre avec l’autre dans le cadre de l’épistémè postmoderne, dans l’actualité des nouvelles formes de communication massive, de l’interconnectivité et de l’interactionisme accéléré (Erving Goffman). Face au brouillage actuel entre le public et le privé, face à une société de la transparence et du spectacle et de la surexposition du sujet (« la culture du narcissisme » de Ch. Lasch), les trois notions (voir, se voir et être vu) ne semblent-elles pas être plus que jamais au centre de la dynamique intersubjective ? Le regard de l’autre n’est-il pas le nouveau garant du sentiment d’existence du sujet, dans une reconnaissance par médiation de l’image et du leurre ? Dans ces coordonnées, le sujet fragmenté postmoderne est-il à même de construire une image unifiée de son moi par médiation de l’autre dans l’ordre Symbolique ou reste-il plutôt prisonnier de l’Imaginaire (Lacan) ? Comment la littérature actuelle se fait-elle l’écho de cette nouvelle redéfinition de l’intersubjectivité, de cette nouvelle mise en scène du regard ?

Du côté des techniques représentationnelles, on pourrait se demander s’il y a des dispositifs propres à la mise en texte de la dynamique visuelle. Peut-on parler d’une poétique ? Par quels moyens narratifs et esthétiques se représente le regard selon les époques (réalisme, modernisme et postmodernisme) ?

Concepts et axes de réflexion :

-  visible et invisible

-  contemplation esthétique

-  oculocentrisme et le phallologocentrisme… »le regard mâle »

-  transparence et visibilité

-  regard total et panoptique

-  regard interdit et l’interdit de la nudité

-  regard créatif et regard critique (création esthétique et décryptage analytique)

-  regard jubilatoire et regard angoissé

-  pulsion scopique et pulsion epistémophilique

-  regard monstrueux

-  regard spéculaire

-  regard envieux

-  regard désirant

-  regard hypnotique

(1) SCHNYDER, P. et TOUDOIRE-SURLAPIERRE, F. (coord.), Voir & être vu – Réflexions sur le champ scopique dans la littérature et la culture européenne, Ed. L’improviste, Paris, 2011.

Bibliographie indicative :

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Affiche :

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Organigramme :

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