Reflexions psychanalytiques sur la catastrophe

Mardi 17 juin, Institut hispanique

Salle Carlos Serrano, 16h-18h


Franz KALTENBEK (Psychanalyste Paris) : « Catastrophes criminelles » (réflexions autour des films Heli, de Amat Escalante et Night Moves, de Kelly Reichardt)
Catastrophes criminelles

Un crime est une catastrophe pour sa victime et, à un autre égard, aussi pour celui ou ceux qui l’ont commis. Responsable du séminaire « Psychanalyse et criminologie » au CHRU de Lille, j’ai travaillé dans le Service Médico-Psychologique Régional (SMPR) de la Maison d’Arrêt de Lille pour y offrir des entretiens cliniques à des détenus mis en examen ou condamnés pour agressions sexuelles et pour meurtres. Un certain nombre parmi ces détenus étaient psychotiques et quelques-uns pervers. La question de savoir pourquoi ils ont commis leurs actes n’était donc pas séparable de celle de l’étiologie de leurs maladies. Pourtant tout criminel n’est pas malade et il ne suffit pas d’être diagnostiqué comme psychotique pour être déclaré irresponsable de son acte. Les causes d’une catastrophe criminelle sont toujours « surdéterminées ». Freud a introduit ce terme pour le rêve et pour le symptôme. Il s’applique aussi au crime qui n’est pas un rêve, meme s’il ressemble parfois à un cauchemar. Je voudrais montrer que ces causes agissent souvent dans la durée, qu’elles ne s’expliquent pas en tant qu’impulsions spontanées, même si une cause est toujours articulée à une contingence. Il ne suffit pas non plus de limiter les causes criminogènes à la pulsion si l’on ne peut pas démontrer que celle-ci se déploie dans la répétition destinale. Les crimes ne reposent pas sur les seules déterminations socio-économiques et familiales – certes déplorables dans beaucoup de cas – car ils résultent aussi des errements de la pensée du sujet, comme nous le montrerons à propos du film Night Mouves de Kelly Reichhard (États Unis, 2013). Restituer le sujet, disparu lors de son acte, m’a toujours paru crucial dans mon travail en prison.