La littérature et la psychanalyse ne se rencontrent que si elles s’écartent des sentiers battus. L’une et l’autre avancent par ce que James Joyce appelait des « extravagantes excursions dans un territoire interdit ». Leur coexistence dans ce champ de la jouissance, sur cette lituraterre (Lacan), ne va pas sans conflits ni sans passions. Elle est chargée d’amour et de haine : Amour de Freud pour Sophocle, Shakespeare, Cervantes, Goethe, E.T.A. Hoffmann, Arthur Schnitzler, Stefan Zweig …, vite transformé en un dévorant désir d’acquérir le savoir des poètes dont il pensait parfois qu’il portait plus loin que son exploration de l’inconscient. Amour déçu, haine ou aversion de certains grands auteurs pour la psychanalyse –Karl Kraus, Robert Musil, Jorge Luis Borges, Gilles Deleuze, entre autres. Enfin, amitiés et sympathies, voire liens thérapeutiques noués entre des écrivains et des analystes : Pierre-Jean Jouve, Samuel Beckett, Michel Leiris, Paul Celan, Georges Perec … Les raisons de ces affects seront sondées.

L’écriture n’est pas seulement un objet d’étude pour le psychanalyste et la psychanalyse n’a pas la clef des œuvres littéraires même si elle aide à les lire. La psychanalyse et l’écriture suscitent des transferts basés sur la supposition d’un savoir à l’autre qui peuvent animer le travail de toute une vie. De ces passions naissent parfois des œuvres : dans la psychanalyse mais aussi dans les lettres.