Table ronde sur James Joyce et la psychanalyse :
avec Jacques Aubert, Professeur émérite de l’Université Lumière-Lyon II,
Franz Kaltenbeck, Psychanalyste, Paris, Lille, Sophie Mendelsohn, Psychologue,
Geneviève Morel, Agrégée de l’Université, Psychanalyste, Paris, Lille,
Catherine Millot, Psychanalyste, Annie Tardits, Psychanalyste

Francesco Ardolino, Professeur de Philologie italienne, Universitat de Barcelona etAnne-Cécile Druet, Doctorante, Université de Paris-Sorbonne (Paris-IV) :
La psychanalyse racontée par Italo Svevo

Premier roman italien à mettre en scène un personnage de psychanalyste, le fameux Docteur S., La coscienza di Zeno, publié en 1923, nous donne de celui-ci et de la cure psychanalytique dans laquelle s’engage le personnage de Zeno une image très éloignée de la réalité de la pratique psychanalytique telle que nous la voyons décrite dans le corpus freudien de l’époque. Proposition d’analyse littéraire de cette cure et du personnage du Docteur S. sous la plume de l’écrivain Italo Svevo.

Nathalie Barberger, Maître de Conférences, Université de Lille III, Littérature du XXe siècle :
La littérature et l’enfantillage : le désir de voir et de savoir.

À partir du célèbre épisode de Swann, posté nuitamment devant une fenêtre qu’il suppose être celle d’Odette, il s’agira d’évoquer la posture de qui cherche à voir, de qui tente de s’emparer du secret des origines. On sait que l’enfant, livré à la question de l’origine, à l’énigme de la conception et de la jouissance, apparaît à Freud comme le premier théoricien, un fabricateur d’ingénieuses solutions là où les adultes le trompent par des fables. Si la littérature est du côté de l’enfantillage, ce n’est pas qu’elle se mêle d’enfance et de souvenirs — cette bêtise de croire qu’on écrit avec ses souvenirs d’enfance, raillée par Deleuze —, mais parce qu’elle rejouerait, en de subtiles mises en scène, ce désir qui fait signe vers ce que Bataille nomme « le maintien de la situation enfantine » : faire l’enfant ou faire son fou.

Mercedes Blanco, Professeur de Littérature espagnole, Université de Lille III
Borges et l’aversion pour la psychanalyse.

Le but de cet exposé sera d’élucider les raisons de l’incompréhension ou même le rejet exprimés par Borges — de manière toutefois discrète — à l’égard de la psychanalyse et de son inventeur. On examinera d’autre part l’hypothèse selon laquelle certaines constructions symboliques et imaginaires de Borges n’auraient pas été possibles dans un monde antérieur aux découvertes freudiennes.

Jean Bollack, Professeur émérite de l’Université de Lille III
Celan lisant Freud : réécritures. Transferts freudiens dans les poèmes de Celan.

La confrontation du texte et de sa reprise permet de s’interroger sur la portée d’un dialogue entre un discours scientifique et sa relecture. Le cas de Celan et de Freud est un cas limite qui n’a jamais été aussi clairement illustré si ce n’est par les spéculations du même auteur sur la Cabbale.

Pierre-Henri Castel, Chargé de recherches au CNRS en Philosophie et Histoire des sciences, Psychanalyste.
Écrire avec les ressources mêmes de l’angoisse : note sur Kafka

Kafka, en 1920, explique à Milena qu’il est régi par une « topique » bien distincte de celle de Freud. Il en dresse d’ailleurs le schéma. Je suggère qu’elle implique une conception profonde de l’angoisse, où l’attente, voire l’intentionnalité propre à cet affect, éclairent certains effets esthétiques et moraux de son écriture.

Nicole Gabriel, Germaniste, Maître de Conférences à l’Université Paris- VII-Denis Diderot :
Adorno et la psychanalyse : le monde à l’envers

Depuis sa première thèse d’habilitation, Der Begriff des Unbewussten in der transzendentalen Seelenlehre (1927), jugée inacceptable par Hans Cornelius, jusqu’à son tout dernier texte, à l’adresse du mouvement étudiant, Resignation, Adorno n’a jamais cessé de faire référence à Freud et à la psychanalyse. Il se concevait comme freudien orthodoxe, s’opposait à toute dérive révisionniste (Erich Fromm, Karen Horney) et il estimait que la vérité même de la psychanalyse était sa radicalité. Hostile à toute tentative d’instrumentalisation de la psychanalyse dans le but d’une adaptation à une société mauvaise, il ne considérait pas les névroses comme une maladie mais comme une réaction normale à l’état du monde. Qui ne perd pas la raison après Auschwitz et Hiroshima est véritablement malade. Au contraire, la névrose peut être productive. En ce sens, Adorno reste ami d’un tour paradoxal, repris des moralistes français. Dans son refus de la « santé mortelle », il s’inscrit dans une tradition romantique. Ceci sera montré essentiellement à partir de l’étude de quelques fragments des Minima Moralia ainsi que des réflexions d’Adorno à propos de la réforme du droit pénal pour crimes sexuels. (Sexualtabus und Recht heute, 1963)

Franz Kaltenbeck, Psychanalyste, Paris, Lille, enseignant et rédacteur de Savoirs et Clinique
La psychanalyse depuis Samuel Beckett

Contrairement à une idée combattue par Lacan, le transfert analytique se distingue de la répétition : il n’est pas seulement un avatar du lien de l’enfant à ses parents, mais recèle aussi une dimension créationniste qui se manifeste non seulement pendant la cure mais aussi après sa fin, alors même que le transfert a perdu sa prise sur le sujet. Si, dans certains cas, l’élément créationniste pousse l’analysant à devenir psychanalyste, dans d’autres, beaucoup plus rares, comme celui de Samuel Beckett, il soutient la création d’une œuvre.« C’est la seule chose qui m’intéresse en ce moment », écrit Beckett à son cousin Morris Sinclair en janvier 1934 à propos de son analyse avec Wilfried Ruprecht Bion. Après la mort de son père, l’auteur irlandais s’était adressé au jeune thérapeute de la Tavistock Clinic à cause de ses états d’angoisse insupportables. James Knowlson, le biographe de Beckett, a finement cerné les effets de cette analyse qui a permis au poète d’abandonner son narcissisme aigu en se libérant d’un lien particulièrement étouffant à sa mère. Mais l’analyse a aussi suscité chez Beckett une forte curiosité pour le savoir singulier du psychanalyste, comme le prouvent ses notes de lecture rédigées à propos d’un certain nombre d’ouvrages de Freud et de ses élèves. On peut alors se demander si sa cure analytique s’est limitée à de purs effets thérapeutiques, ou si, au contraire, elle a laissé des traces dans son écriture. Dans certaines narrations, comme A Case in a Thousand (1934), Premier amour (1945), D’un ouvrage abandonné (1957) ou Compagnie (1980), l’auteur poursuit le travail de remémoration, remontant jusqu’à ses angoisses intra-utérines. Mais son œuvre déploie aussi une pensée puissante qui croise souvent les chemins de l’analyse ou fraie même les voies de sa recherche : ainsi l’humour et le comique inédits de Watt, la dénonciation ironique de l’inconsistance de la parole dans toute la Trilogie, le paradoxe de l’identité dans Molloy, le dépassement de l’impossible par le forçage du discours dans L’Innommable … .

Sadi Lakhdari, Professeur de Littérature espagnole, Université de Paris-Sorbonne (Paris-IV)
Freud et Cervantes

L’influence de Cervantes a été déterminante pendant la période de formation du jeune Freud. L’auteur du Quichotte a constitué pour lui un support identificatoire fondamental. On étudiera les traces de cette « identification héroïque » en la comparant à la pauvreté des études et citations consacrées par Freud au plus grand des romanciers espagnols. Un texte étonnamment « freudien » retiendra notre attention : El retablo de las maravillas qui a déjà fait l’objet d’une pénétrante étude de Maurice Molho.

Jacques Le Rider, Directeur d’Études, Ecole Pratique des Hautes Etudes
Joseph et Moïse égyptiens : Sigmund Freud et Thomas Mann

Les relations entre Thomas Mann et Sigmund Freud sont étroites durant les années 1936-1939. Il est probable que la lecture de Joseph le nourricier, dernier volume de la tétralogie biblique de Thomas Mann, a impressionné Freud au moment où il composait L’homme Moïse et la religion monothéiste. L’influence de ce livre ultime de Freud sur le récit biblique de Thomas Mann La Loi est incontestable. Le point commun à Freud et à Mann est la vision de « Joseph et Moïse égyptiens ». Les différences entre les deux interprétations très libres, pour ne pas dire « hérétiques » de ces deux Livres du Pentateuque sont éclairantes, autant pour l’interprétation de Thomas Mann que pour la compréhension de Sigmund Freud.

Éric Leroy du Cardonnoy, Maître de Conférences, Université de Caen :
Elias Canetti : une « résistance » modèle à Freud ?

Le but de cette communication est d’analyser la nature de la résistance de Canetti à la psychanalyse à partir principalement de son autobiographie et de Masse et puissance. Dans ces ouvrages, les deux raisons principales qui irritent Canetti et fondent son aversion envers la discipline freudienne résident dans son refus d’accepter deux notions fondamentales en psychanalyse : l’argent — et le rapport à la mère chez Canetti —, et la sexualité — et le rapport au père chez Canetti —. Refusant l’idée de l’Œdipe d’une part et d’autre part l’analyse que Freud donne des Denkwürdigkeiten eines Nervenkranken de Schreber, selon laquelle son homosexualité expliquerait ses problèmes psychiques, Canetti se pose comme un antidote à la psychanalyse qui selon lui ne fait que détruire dans ses rouages un des éléments fondamentaux de l’être humain : le souvenir.

Patrice Maniglier, Agrégé de Philosophie et Docteur de l’Université, Enseignant à l’Université Paris X-Nanterre :
La surdétermination des signes entre Saussure et Freud

Il s’agira de montrer pour quelles raisons, qui tiennent au mode de détermination de la valeur sémiologique, il est impossible de définir un signe de manière univoque par sa position dans un système simple, de sorte que celui-ci appartient toujours nécessairement à deux réseaux symboliques en même temps et se rapporte aux autres signes de plusieurs manières. Cela permettra un rapprochement de Saussure et de Freud et une caractérisation précise de la différence précise entre formalisme et structuralisme.

Josiane Paccaud-Huguet, Professeur de Littérature anglaise, Université Lumière-Lyon II
Pascal Quignard et l’instance de la lettre

Pour Quignard, l’invention centrale de Lacan est l’objet a : que cet objet se loge dans l’écriture s’avoue aussi dans le regret de Lacan de n’avoir été « pas poâte assez ». S’il est vrai que le transfert relève d’un amour adressé au savoir, chez Quignard comme chez Lacan il s’agit du savoir de lalangue qui nous affecte. Comment l’écriture élabore-t-elle ce savoir ? C’est ce que nous tenterons de cerner dans les fictions sublimatoires de l’écrivain, admirateur des Écrits.

Julio Premat, Professeur de Littérature hispano-américaine, Université de Paris-VIII :
La psychanalyse freudienne : une branche de la littérature argentine ?

Dans « Tlön, Uqbar, Orbis Tertius », nouvelle publiée pour la première fois en 1940, Borges écrit une phrase destinée à devenir célèbre : « La métaphysique est une branche de la littérature fantastique ». Cette sentence, proche de l’aphorisme, synthétise l’attitude docilement subversive face à la tradition et au savoir hérité qui caractérise la création borgésienne : les discours organisateurs du monde, les systèmes susceptibles d’attribuer du sens au réel, ne sont que des fictions, des fictions que l’écrivain peut, à son tour, reproduire ou récréer. Ce « mal lire » la philosophie, cette lecture à côté, indifférente aux objectifs internes de cette discipline, est le gage d’un « bien écrire », d’une écriture nouvelle -ou d’une écriture encore possible. On peut postuler que dans la complexe relation que les écrivains argentins établissent avec le corpus textuel psychanalytique, quelque chose de similaire se produit. Dans leurs œuvres, on trouve un dialogue, parfois intense, avec des théories, des configurations fantasmatiques, des modes d’expression tirés de la psychanalyse. Cette fréquentation textuelle n’est certainement pas anodine, puisque la psychanalyse n’est pas un ordre du savoir comme les autres, et par conséquent elle serait analysable à partir du concept de « transfert ». La distance critique, l’ironie, la lucidité sceptique de ce processus (inhérentes à toute réécriture) seraient une forme d’appréhension, une résolution de quelque rivalité sous-jacente ou les prémisses d’une dénégation ; le rapport à la sexualité, au désir et même à l’identité se trouve ainsi « médiatisé » par un discours préexistant, partagé par l’écrivain et le lecteur. Mais avant toute chose, il convient d’y voir une opération de réinterprétation, déformation, déplacement qui transforme, qui lit comme stratégie d’appropriation ; et de ce fait qui intègre, en passant, la psychanalyse dans des problématiques centrales de la littérature du XXe siècle : quête de sens, crise des possibilités de représentation, tensions entre l’individuel et le collectif, dramatisation de la forme narrative, apothéose d’un sujet scindé ou aliéné. Ainsi, et dans une parfaite indifférence vis-à-vis du « savoir positif » de la psychanalyse, celle-ci deviendrait un avatar de la littérature. Après avoir développé ces idées générales, la communication analysera un exemple significatif, à savoir deux réécritures d’un des grands récits proposés par Freud à ses lecteurs, le mythe de la horde primitive de Totem et tabou (celles de Osvaldo Lamborghini dans Le fiord -1969- et de Juan José Saer dans L’ancêtre -1983).

Michèle Ramond, Professeur de Littérature espagnole, Université de Paris-VIII
Avec ou sans ?

L’expression de l’indicible est-elle de même nature avec ou sans transfert sur la psychanalyse ? Je me propose d’étudier deux cas très contrastifs dans la littérature espagnole du XXe siècle, forcément informée de psychanalyse, celui de Federico Garcia Lorca (1898-1936) et celui de Carmen Martín Gaite (1925-2000). Le premier relevant d’une exploration et d’une expression de l’inconscient sans transfert, le second au contraire très représentatif d’une littérature avec. Quels sont les enjeux de l’une et l’autre forme de littérature, où est la différence, comment se marque-t-elle dans les textes, leur style, leur portée symbolique et idéologique ? Cela nous amènera à reconsidérer la notion même de transfert.

Philippe Sabot, Maître de Conférences en Philosophie, Université de Lille III
Éléments d’une « analyse » littéraire : l’autobiographie de Michel Leiris

J’essaierai de parcourir différents états de la démarche autobiographique de Leiris, de L’Age d’homme jusqu’à La règle du jeu, en faisant apparaître à chaque fois les différents modes d’intégration de schèmes ou de thèmes psychanalytiques : il s’agira notamment d’analyser le déplacement opéré par Leiris dans son rapport à la psychanalyse, dont il attend d’abord une sorte de « révélation » sur son être, avant de comprendre quel usage littéraire il peut faire d’un inconscient « structuré comme un langage ». Sans que ce déplacement reproduise strictement celui de Lacan par rapport à Freud, il en indique toutefois, quoique sur un plan non réfléchi et strictement littéraire, la possibilité, voire la nécessité.

Gerald Stieg, Professeur – Études germaniques -, Université de la Sorbonne-Nouvelle (Paris-III)
Karl Kraus contre Sigmund Freud ou comment délégitimer l’interprétation psychanalytique de la littérature

Après une période d’estime mutuelle, d’un intérêt commun pour le rôle central de la sexualité et d’une présence indéniable de la psychanalyse dans la Fackel par l’intermédiaire d’auteurs comme Fritz Wittels ( Ps. Avicenna) et Karl Hauer, la rupture avec Wittels qui avait proposé une psychanalyse de l’éditeur de la « Fackel » dans le cercle de Freud entraîne Kraus à partir de 1910 vers une attitude de plus en plus hostile à l’égard des théories freudiennes. Ses attaques se concentrent essentiellement sur les tentatives de soumettre des oeuvres artistiques ou des artistes eux-mêmes (morts ou vivants) à l’exégèse psychanalytique. Kraus se voit lui-même en défenseur de l’intégrité des oeuvres d’art en particulier et de l’imaginaire (le rêve) en général contre les décryptages psychanalytiques jugés « illicites »(unbefugt). Dans ses pièces de théâtre (Les oiseaux d’après Aristophane, Théâtre du rêve) il introduit dans une perspective satirique la figure du psychanalyste comme nouvel acteur de la société de son époque.

Florence Vatan, Professeur, Université de Syracuse (New York)
Robert Musil et Sigmund Freud : la littérature aux prises avec la psychanalyse.

« Il y a deux choses contre lesquelles on ne peut pas lutter, parce qu’elles sont trop longues, trop grosses, et sans queue ni tête : Karl Kraus et la psychanalyse » (Journaux, II, 369). Je me propose, dans cette communication, d’examiner les positions ambivalentes de Robert Musil vis-à-vis de la psychanalyse. Mon objectif est de mettre à nu les instruments de sa critique et d’explorer les raisons de sa virulence à l’égard de Freud. Cette étude me permettra également de préciser le statut de la psychanalyse dans le paysage intellectuel de l’Allemagne et de l’Autriche de l’entre-deux guerres. Musil reconnaît à la psychanalyse certaines intuitions fondamentales, que ce soit à propos de l’interprétation des rêves, de l’analyse du narcissisme ou des considérations sur le « Malaise de la civilisation ». Il sait gré à Freud d’avoir abordé ouvertement la question sexuelle. Mais dans le même temps, la psychanalyse est pour lui une source d’irritation permanente, irritation qu’il exprime le plus souvent sous le couvert de l’ironie. Sa critique consiste à discréditer les prétentions scientifiques de la psychanalyse en en soulignant les incohérences et en l’apparentant à une forme de pensée magique. Freud est à ses yeux un « dictateur intellectuel » qui ne souffre pas la contradiction et qui tente de résoudre le mystère de la psyché humaine à l’aide d’une « douzaine de notions » (Jx, II, 506) en accordant une importance excessive aux pulsions sexuelles. Musil souligne le paradoxe d’une théorie qui dénonce le « sujet » souverain comme un leurre tout en contribuant à perpétuer l’illusion narcissique dans le rituel de la cure. La psychanalyse, selon lui, n’est pas une science mais un phénomène de mode et un succédané de religion dont l’un des torts est d’éclipser d’autres théories psychologiques tout aussi dignes d’intérêt. La critique virulente de Musil s’inscrit dans un contexte de rivalité intellectuelle. Musil reproche à la psychanalyse d’empiéter sur le terrain de la littérature et de couper pour ainsi dire l’herbe sous le pied des poètes en substituant à la singularité de l’exploration poétique la généralité de la « raison » psychanalytique. Freud avait vu en Schnitzler un double inquiétant dont l’intelligence littéraire devançait ses propres intuitions psychanalytiques. Musil semble considérer Freud comme une force intellectuelle suffisamment perturbante pour qu’il se sente obligé de se définir en permanence par opposition à lui.

Frédéric Yvan, Professeur de Philosophie, Architecte D.P.L.G., Lille
Figure (s) de l’analyste chez Perec.

Georges Perec rencontre un analyste à trois reprises : en 1949, alors adolescent, il effectue une psychothérapie avec Françoise Dolto ; durant l’année 1956-1957 il mène une très brève analyse avec Michel de M’Uzan ; enfin, de mai 1971 à juin 1975, Perec s’engage dans un véritable travail analytique avec J.-B. Pontalis. De ses rencontres avec l’analyse, et avec des analystes, Perec ne livre pourtant qu’un seul témoignage – témoignage qui s’attache presque exclusivement aux cadres de l’analyse plutôt qu’au récit de l’intime. Ainsi, si Les lieux d’une ruse (1977) expose une esthétique de l’analyse – les conditions spatiales et temporelles de l’expérience analytique- c’est dans un autre récit que Perec dévoile le sens intime de son aventure analytique. Ce récit, W ou le Souvenir d’enfance – commencé dès le mois de juillet 1969 – est élaboré et développé par Perec pendant la durée de son analyse avec Pontalis. Et la publication, en mai 1975, de cette « autobiographie psychanalytique » – comme l’envisage Philippe Lejeune – apparaît d’ailleurs signifier un point d’achèvement du travail analytique. Perec décide de mettre fin à son analyse avec Pontalis un mois plus tard. Cependant, si la publication de ce récit peut signifier la fin du trajet analytique de Perec, c’est plus fondamentalement une histoire commencée avec Françoise Dolto qui s’achève. En effet, c’est quelque vingt-cinq années auparavant, lors des séances avec Dolto, que Perec a imaginé et construit, raconté et dessiné la fiction W qui est au centre du récit autobiographique. En occupant l’un des deux récits alternés de la première partie -soit un quart de la composition totale de l’œuvre -, la figure de l’analyste -l’énigmatique Otto Apfelstahl- occupe une place importante dans l’autobiographie de Perec, bien plus importante que celle que l’écrivain lui accorde à travers quelques notations objectives dans « Les lieux d’une ruse ». Mais, c’est dans le récit de fiction – La Vie mode d’emploi (1978) – que cette figure est plus radicalement mise en scène et mise en œuvre. Autrement dit c’est dans et par la fiction que la figure de l’analyste trouve son extension la plus élaborée et la plus complexe chez Perec. C’est cette figure de l’analyste que nous souhaitons alors élucider, en l’explorant précisément du point de vue de son apparition et de sa constitution dans ces trois textes de nature spécifique : témoignage, autobiographie et fiction.

Slavoj Zizek, Chercheur au département de Philosophie de l’Université de Ljubljana, Visiting professor, Cinema Departement, New York University :
Les organes sans corps : vers un Deleuze lacanien.

Un essai de lire l’œuvre de Deleuze à contre-courant : à côte du Deleuze de l’anti-Œdipe et de la schizo-analyse, il y a un autre Deleuze, plutôt méconnu, pour lequel le flux n’est pas la force génératrice, mais la stérilité privée de toute causalité, des évènements purs.