Face à la catastrophe (2013-2017)

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Dans la continuité des colloques du CRIMIC des précédents plans quadriennaux (« Les grands récits » / « De l’extrême »), le sujet transversal qui a été retenu pour le contrat quinquennal 2013-2017 est « Face à la catastrophe », susceptible d’impliquer l’ensemble des chercheurs du CRIMIC.

Un blog est consacré à cette thématique sur la plateforme hypothèse.org, administré par David Jurado à qui vous pouvez envoyer les informations utiles ou suggestions :
http://catnotes.hypotheses.org/

Présentation de la thématique :

Les « trauma studies » dont on connaît l’importance aux Etats-Unis commencent, en France, à devenir un champ théorique reconnu et sont l’objet, à Paris-Sorbonne, d’une réflexion théorique poussée dans des équipes d’accueil telles que le CRIMIC (hispanistes) ou VALE (anglicistes). Le projet que nous souhaitons présenter s’articule autour de la question de la catastrophe et du traumatisme qu’elle engendre, et en particulier autour de la « postmémoire » (pour reprendre le terme de Marianne Hirsch) et de sa représentation (littéraire, culturelle, médiatique, etc.). Grâce à une collaboration entre collègues scientifiques, juristes,
littéraires et historiens, cette recherche explorera le différents aspects de la post-mémoire, de son inscription clinique à sa manifestation esthétique tout en envisageant également le statut de l’appropriation mémorielle au regard de la loi.
On entrevoit d’entrée de jeu deux directions : les traumas individuels (violence et agressions ayant laissé des marques indélébiles en sont le premier modèle dans les tout premiers écrits de Freud), mais aussi tous les traumas inscrits dans les catastrophes de l’histoire (Shoah, explosion atomique, guerres, 11 septembre…). On se souvient de la comparaison audacieuse que fait Barthes dans Fragments d’un discours amoureux et qui lie à jamais l’historique et l’intime.
Au-delà de la question de la légitimité de la comparaison, ce que pose la pratique même de la comparaison, c’est que le traumatisme échappe à un strict ancrage dans le temps et dans l’espace. La théorie anti-historiciste que Walter Benjamin soutient dans « Sur le concept d’histoire », en 1940, peut être convoquée à l’appui de ce point de vue. Le chronotope du traumatisme résiste à toute tentative de limitation. Le traumatisme n’existe pas que pour ceux qui l’ont vécu. Une littérature abondante qui donne à entendre les témoignages d’enfants ou de petits enfants de rescapés d’Auschwitz le corrobore. La question de sa transmission
brouille la frontière entre le temps propre du traumatisme et son « après-coup », concept forgé par Maurice Blanchot que l’on pourra mettre en parallèle avec l’« après-Auschwitz » d’Adorno, et qui a à voir avec le retour de l’enfoui, du refoulé mais aussi avec une tentative de rationalisation du passé. La souffrance de l’expérience d’Auschwitz dépasse la scène et le temps où elle a été perpétrée (le titre de la trilogie de Charlotte Delbo —Auschwitz et après — est particulièrement éclairant). Les victimes d’Auschwitz qui ont survécu n’en finissent pas de revivre le cauchemar : ils délocalisent ainsi dans le temps et dans l’espace l’événement traumatique, le faisant ricocher parmi les générations qui n’ont pas connu Auschwitz et qui en héritent pourtant la mémoire. Ils fondent une littérature du traumatisme à laquelle se rattachent dans une certaine mesure les dramaturges contemporains.
La recherche envisagée ici s’intéressera donc à la temporalité du traumatisme : se posera en particulier la question de savoir par exemple pourquoi des artistes, trop jeunes pour avoir vécu le traumatisme, continuent d’être hantés par l’impossibilité de sortir de l’aporie représentationnelle qui a fait suite à la découverte de la catastrophe. Ces artistes se font les héritiers d’une mémoire collective qui outrepasse les frontières de la mémoire directe et permet d’opérer une fusion entre les traumatismes qui ont bouleversé leur histoire privée et les tragédies de la grande Histoire. Le concept de post-mémoire sera donc le sujet de cette recherche, tant dans la manière dont il informe l’histoire des représentations littéraires et artistiques que dans ses aspects proprement historiques, médiatiques, juridiques et scientifiques.
L’approche se veut interdisciplinaire : à partir d’une même thématique (« Face à la catastrophe »), les chercheurs impliqués dans le projet exposent la manière dont ils appréhendent dans le cadre de leur discipline, l’objectif étant que le croisement des points de vue, des instruments de recherche utilisés, des types de savoirs mobilisés, enrichisse en retour la perspective de chacun.

Séances de travail, journées d’étude et colloques :

Le travail autour de cette thématique s’organise autour de séances collectives regroupant tous les membres de l’équipe, à l’occasion d’assemblées générales semestrielles, et d’activités ou manifestations organisées au sein des différents axes/domaines.

Nous avons ainsi reçu des conférences de spécialistes de la question de la catastrophe, tels que Louise Bénat-Tachot (spécialiste d’histoire coloniale à Paris-Sorbonne), Elisabeth Angel Pérez (angliciste à Paris-Sorbonne), Francois Walter (Professeur à l’université de Fribourg), Grégory Quenet (historien à l’Université de Versailles-Saint-Quentin) ou Katharina Niemeyer (Institut Français de Presse, Paris II), etc.

Entre 2013 et 2014, l’équipe a par ailleurs organisé séances de séminaires, des différentes journées et des colloques autour de la thématique « Face à la catastrophe » et notamment le colloque final « Ecrire l’histoire des catastrophes », organisé les 14-15-16 décembre 2016 en collaboration avec la UNAM de Mexico. Toutes ces manifestations figurent ci-dessous sous l’onglet « Manifestations passées » :

Manifestations à venir

Pas de manifestations.