4 avril 2024
  17h30 à 19h00
  Lieu à déterminer
Axe.s : AV
▸ Séminaire doctoral

Le cinéma de la Révolution cubaine a été peu abordé au prime des études de genre. La question du genre est pourtant cruciale pour mettre en lumière les paradoxes de ce processus révolutionnaire : malgré des avancées sociales pour les femmes, le discours officiel reproduit souvent des stéréotypes traditionnels et l’égalité de genre n’est pas une fin en soi, car il s’agit plutôt de chercher des moyens de faire participer les femmes aux changements sociaux en cours. Malgré l’encouragement des femmes à intégrer le monde de la production, la question de leur autonomie financière et de l’égalité avec les hommes demeure complexe. Les femmes vivent une « double journée » en intégrant le salariat, car elles continuent d’assumer majoritairement les tâches domestiques.

La thèse de Laure Pérez se penche sur des productions audiovisuelles souvent moins étudiées que le cinéma de fiction, à savoir un corpus de moyens-métrages documentaires ainsi que les actualités cinématographiques du Noticiero ICAIC Latinoamericano (1960-1990), en mettant l’accent sur la représentation des femmes et de leur travail dans les sphères privée et publique. Le Noticiero ICAIC Latinoamericano ayant ces dernières années fait l’objet d’une réelle mise en valeur (colloque international en 2021, publication d’un ouvrage collectif en 2022 et 2023, en français puis en espagnol, publications d’articles…), la présentation se concentrera sur les documentaires abordant la question du travail des femmes à Cuba, réalisés tant par des cinéastes étrangers·ères que par des cubain·e·s. Le corpus inclut des films tels que Operación Piccolino (1970), de l’Argentin Alejandro Saderman, et Las Tanias (1971) de Santiago Villafuerte, qui montrent des aspects spécifiques du travail des femmes, ainsi que des œuvres comme Con las mujeres cubanas (1974) d’Octavio Cortázar et Ellas (1964) du Danois Theodor Christensen, qui traitent de manière plus générale de la place des femmes dans la Révolution cubaine. Les films de Sara Gómez et Marisol Trujillo (Mi aporte, 1972, et Mujer ante el espejo, 1983) adoptent une perspective plus critique, révélant les difficultés des femmes cubaines à mener de front l’investissement que la société révolutionnaire attend d’elles dans la sphère publique – emploi dans la production et activités militantes dans les organisations de masse – et le travail reproductif domestique qui repose toujours majoritairement sur elles, quoique les acteurs·trices de la période concernée puissent en dire.

 

Laure Pérez est ancienne élève de l’ENS de Paris, agrégée d’espagnol, doctorante au CRIMIC sous la direction de Nancy Berthier depuis 2018 et ATER à l’Institut d’études ibériques et latino-américaines de Sorbonne Université. Elle a été l’assistante éditoriale de l’ouvrage collectif Noticiero ICAIC : 30 ans d’actualités cinématographiques à Cuba, coordonné par Nancy Berthier et Camila Arêas (Bry-sur-Marne, INA Éditions, 2022). Elle a également publié plusieurs articles sur le cinéma cubain et le Noticiero ICAIC dans les revues Iberic@l, Clio et Revista internacional de Historia de la comunicación.

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