9 décembre 2023
  9h00 à 13h00
  Salle des Actes, Faculté des Lettres, Sorbonne Université
Axe.s : EC
▸ Soutenance (thèse et HDR)

Michel Martínez Pérez a le grand plaisir de vous convier à la soutenance de son Habilitation à diriger des recherches (HDR). Elle se déroulera le samedi 9 décembre à 9 heures en Sorbonne, en Salle des actes (entrée par le 17 rue de la Sorbonne 75005 PARIS). 

Le dossier, intitulé L’Espagne plurinationale et plurilingue : impossible entente fédérale ou seule unité nationale possible ?, se compose, outre du mémoire de synthèse et du recueil des travaux scientifiques, d’un inédit intitulé : Diplomaties, paradiplomaties et protodiplomatie en Espagne : de l’internationalisation des communautés autonomes au processus indépendantiste catalan (1977-2022).

Le jury est composé de :

Mme la Professeure Mònica Güell, Sorbonne Université, (garante)

Mme la Professeure Maria Llombart Huesca, Université Montpellier 3-Paul Valéry, (rapporteur)

M. le Professeur David Marcilhacy, Sorbonne Université

M. Professeur Xosé-Manoel Núñez Seixas (Catedrático), Universidade de Santiago de Compostela

Mme la Professeure Maitane Ostolaza Esnal, Université de Perpignan-Via Domitia

M. le Professeur (Catedràtic) Carles Santacana i Torres, Universitat de Barcelona (rapporteur)

 

Vous êtes chaleureusement invité.e.s à assister à la soutenance et/ou au pot qui suivra. Merci de confirmer votre présence par retour de mail à cette adresse avant le 1er décembre. Pour accéder au bâtiment par le 17 rue de la Sorbonne, vous indiquerez votre nom aux agents de sécurité.

Résumé de l’inédit
Hispaniste et catalaniste de formation, spécialiste des nationalismes périphériques
péninsulaires (notamment catalan et aragonais) ainsi que des régimes linguistiques des
communautés autonomes bilingues (principalement de l’aire catalanophone), de la fin du
vingtième siècle à nos jours, j’ai souhaité m’intéresser dans le cadre de cet inédit d’HDR à
l’évolution de la diplomatie espagnole, principalement culturelle, de la restauration
démocratique (1977) au temps présent (2022).
Cette évolution de la politique étrangère espagnole, associée à l’image internationale de
l’Espagne, passant d’une dictature militaire à une démocratie occidentale parfaitement intégrée
à l’Union européenne (UE), est allée de pair, pendant plus de quatre décennies, avec l’arrivée
sur la scène internationale de nouvelles structures et de nouveaux acteurs (para)diplomatiques
correspondant à d’autres strates administratives des États, notamment les régions, dans une
démarche d’ouverture des relations internationales aux entités non-étatiques.
Dans le contexte espagnol, ce sont principalement les régions à forte identité nationale
(la Catalogne et la Pays basque), exprimée électoralement par l’hégémonie de partis politiques
« nationalistes » qui gouvernent les nouvelles institutions régionales créées par la Constitution
de 1978, qui mettent très rapidement en place des structures leur permettant d’agir à
l’international, de façon autonome et en marge de l’État central. Pourtant, le texte fondamental
espagnol semble avoir fixé dans son article 149 que les « relations internationales » sont une
compétence exclusive de l’État central. Malgré cela, les nations culturelles ibériques, sont
finalement autorisées à déployer leurs propres structures à l’étranger grâce à plusieurs décisions du Tribunal constitutionnel espagnol qui interprète que les compétences des communautés autonomes (commerce et culture, notamment) peuvent avoir une portée et une projection internationales. Le poids des nationalistes périphériques lors de la négociation de pactes d’investiture à la présidence du gouvernement central (1993, 1996, 2004, 2008, 2020) fait également avancer la politique étrangère des communautés autonomes espagnoles.
Par ailleurs, cette phase autonomiste des années 1980 est une conséquence logique de
la décentralisation amorcée par l’État espagnol dès l’adoption de la Constitution espagnole où,
après les quatre décennies du régime franquiste ultranationaliste espagnol et hyper-centraliste,
il apparaît que la démocratie est intrinsèquement liée à la décentralisation et à l’autonomie
régionale, comme l’avait interprétée auparavant la Seconde République espagnole (1931-1939),
terrassée par le putsch des militaires fascistes dont le Général Franco. Dans les années 1990,
c’est la CEE, puis UE, qui se régionalise également, notamment à partir du Traité de Maastricht
(1992) qui prévoit la mise en place du Comité des Régions (CdR), un organe consultatif des
entités locales et régionales visant à compléter l’action des États-membres et à rapprocher
« l’Europe » aux citoyens européens, plus proches, a priori, des administrations locales.
En Espagne, comme dans le reste de l’UE, se met ainsi en place une « coopération
décentralisée », autrement dit des relations internationales entre communes et régions d’au
moins deux États membres de l’UE, parfois transfrontalières. Plus tard, on l’appellera « action
extérieure des collectivités territoriales ». Cette diplomatie des entités subétatiques est aussi
nommée « paradiplomatie » dès les années 1980 par Panayotis Soldatos. Elle est désormais
« fonctionnelle » pour toutes les régions des États-membres de l’UE, elle peut être
« identitaire » lorsque les citoyens de ces régions se sentent rattachés à un « fait différentiel »
(langue, culture, identité nationale…) singulier par rapport à leurs compatriotes d’autres
régions, comme c’est le cas de la Catalogne. En effet, cette communauté autonome espagnole
ayant un statut de « nationalité », euphémisme de nation non souveraine ou culturelle au sein
de l’État espagnol, met en place, dès ses premiers mandats, une « présence internationale »
comme la nomme Jordi Pujol, président de la Generalitat de 1980 à 2003. Peu à peu, les
structures paradiplomatiques de la Catalogne se multiplient à l’étranger, s’institutionnalisent
pour mieux structurer l’action commerciale (COPCA puis Acció) ou l’action culturelle (COPEC
puis Institut Ramon Llull) jusqu’à créer, au début des années 2000, des « délégations » du
gouvernement catalan à l’étranger que d’aucuns accusent d’être des ambassades « playmobil »
suscitant une grande méfiance envers l’embryon protodiplomatique ou la diplomatie
« amateur » que constitueraient ces outils de la paradiplomatie identitaire catalane.
À partir de 2012 et le projet de sécession assumé par le gouvernement catalan
explicitement souverainiste à partir de cette année, l’internationalisation du conflit politique
catalano-espagnol, que nie le gouvernement central du fait de l’intégrité de la Nation espagnole
garantie par la Constitution espagnole, devient un enjeu majeur. Le gouvernement catalan crée
cette année-là un consortium public-privé pour la « diplomatie publique catalane » appelée
DIPLOCAT dont l’objectif principal est de porter le projet politique sécessionniste de la
Catalogne à l’étranger et de trouver des soutiens internationaux à la cause indépendantiste. La
tâche s’annonce difficile au sein de l’UE, qui reste principalement une association d’États-
nations. Dès lors, la paradiplomatie catalane bascule dans une forme de protodiplomatie dans
la mesure où une partie des structures de la Generalitat à l’étranger semblent sonder et préparer le terrain d’un éventuel avènement d’une République catalane indépendante de l’Espagne mais rêvant d’un maintien au sein de l’UE.
En 2014, le gouvernement de M. Rajoy et la diplomatie espagnole réagissent et tentent
de canaliser cet embryon de diplomatie catalane qui, nécessairement, va à l’encontre des intérêts et de l’intégrité territoriale de l’Espagne. Ainsi, en 2017, lorsque le président catalan, Carles Puigdemont, confirme sa déclaration d’indépendance, pourtant sans effet, le gouvernement espagnol active l’article 155 de la Constitution espagnole pour prendre le contrôle de l’autonomie catalane. Dans cet inédit, entre autres choses, je tente de comprendre pourquoi le gouvernement espagnol ordonne la fermeture de DIPLOCAT et des délégations de la Generalitat à l’étranger mais tolère les antennes commerciales d’Acció et culturelles de
l’Institut Ramon Llull. Il est question d’analyser aussi le passage d’une paradiplomatie à une
protodiplomatie et en quelle mesure les structures actuelles, restaurées par un nouveau
gouvernement catalan en 2018, ne semblent plus être une menace pour l’unité nationale
espagnole dès lors qu’elles ne sont plus invalidées malgré un objectif toujours indépendantiste
du gouvernement catalan actuel.
Pour mener à bien ce travail, en me référant à ma garante, Mònica Güell, de façon très
suivie, j’ai élaboré un corpus bibliographique ayant trait aux relations internationales, la
diplomatie, l’action extérieure des entités subétatiques, les nationalismes régionaux en Europe,
le processus souverainiste catalan, textes législatifs en la matière, de nombreux articles de
presse généraliste et spécialisée. J’ai aussi mené des entretiens semi-directifs avec des
responsables politiques espagnols et catalans de premier ordre, des haut-fonctionnaires de la
diplomatie culturelle espagnole, des diplomates français, des journalistes français en Espagne
et des collègues universitaires français et espagnols spécialistes de ces questions. Le corpus est indiqué dans la bibliographie de façon exhaustive et les onze entretiens (sur vingt-quatre) les plus utilisés dans le corps de l’inédit sont intégralement retranscrits dans les annexes.

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